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Hypermature © 2023

Madame Bovary, 38 ans, commerçante, sourire mystérieux

Juillet 2022

 

Ceci est une œuvre de fiction, toute ressemblance avec des personnages existant serait purement fortuite.

Mélissa co-gère le salon de thé-librairie « Madame Bovary » au centre de ville de Saint-Malo. Je suis un habitué. Absent plusieurs semaines d’infidélité dans une bibliothèque climatisée, j’ai perdu le privilège du tutoiement. Mélissa cependant réclame des nouvelles de ma vie amoureuse, les commente, puis dit…

Mélissa : « …qui je suis pour vous donner des conseils en amour moi ?
J’y connais rien.
C’est vraiment l’endroit où je ne suis pas spécialiste.

Déconcentré par nos échanges, au lieu de corriger un texte, je retranscris ce qu’elle me dit :

David – Ah bon ? Vous êtes spécialiste en quoi vous ?

Mélissa – Je ne m’épanouis pas auprès de l’espèce humaine.
Je ne pense pas apporter quelque chose à l’espèce humaine.

David – Mais vous êtes gérante d’un salon de thé qui ne vend que des douceurs, vous êtes très serviable, vous avez peu de couvert et chouchoutez le client ?

Mélissa – Ah ! Je ne suis pas du tout contre rendre les gens heureux ! Tant que c’est superficiel ça me va. Quand on me dit [,les clients,] : « J’ai passé un très bon moment. Ça m’a fait du bien », ça me fait vraiment plaisir, et je me dis que mon métier a du sens, mais je limite et je fuis au maximum les relations personnelles.

David – Vous n’avez pas d’amis ?

Mélissa – Le moins d’amis possible, parce qu’après faut les voir…
Quand quelqu’un a un coup dur, ou… Ok, traverse quelque chose, ou vit un moment important…
Mais, après le problème c’est qu’on me propose un barbeuc !
Je n’aime pas passer du temps avec mes amis.

David – La famille ?

Mélissa – La famille oui, mais la famille rapprochée : papa, maman…
J’ai des frères et des sœurs mais ils me manquent pas.

Elle découvre que je retranscris. Rires, cris, et relecture par-dessus mon épaule.

– Ça fait bizarre de se lire.

David – Et les loisirs ?

Mélissa prend un air pompeux – Oui beaucoup de concerts, j’aime tout ce qui est musique, la musique, le cinéma, j’adÔre le cinéma…
Non là, je te mène en bateau…

Je note le retour du privilège du tutoiement.

David – De la lecture ?

Mélissa – Même jeu, Beaucoup ! Oui, beaucoup de lecture…

Puis redevient sérieuse, comme si c’était trop grave la lecture.

– Un peu de tout en littérature : roman, poésie, je suis pas théâtre, désolé, je suis pas trop théâtre…

J’accepte qu’elle soit désolée, moi-même j’ai des doutes.
Des essais, pein… Qu’est-ce que je lis ? Des essais sur la peinture, l’histoire de l’art.
J’égraine les cafés, les coffee shop.

Cri intérieur de David : Elle se rend dans les cafés, quand elle a fini de travailler dans le sien !

David – Où ça ?

Mélissa – Un sourire éclaire son visage, Je sors du quartier. L’Auberginette…

Second cri intérieur de David : Mais c’est sans doute le café-librairie qui ressemble le plus au sien en ville.

Et puis c’est quoi ce sourire mystérieux ?

Mélissa – Le salon de Mathilde… Au Sillon, ça a fermé. Un peu L’été indien, bon…
Et j’ai découvert le, alors c’est plus un coffee shop, le Special Coffee.
Ça, c’est quand je traîne du côté de Saint-Coulomb, c’est pas…

[Saint-Coulomb = banlieue malouine]

David – Qu’est-ce que vous faites du côté de Saint-Coulomb ?

Mélissa – Saint-Coulomb ? Mais c’est là où Amandine, ma partenaire au salon habite.

David – Vous vous voyez en-dehors du travail ?

Mélissa – Bien sûr ! Amandine c’est ma seule vrai amie !
Les autres je les fuis !
Si il y a une amie avec qui je peux passer du temps libre, c’est elle.

Un client entre, on m’explique que c’est le voisin.
Elle s’attable avec lui, prend sa commande,
lui explique ce que je suis en train de faire :

Mélissa – Il écrit un livre sur moi.

L’autre client – Deux, trois feuilles suffiront pour résumer sa vie.

Je dois répondre au téléphone. Elle bichonne le voisin qui supporte aisément un titre d’aîné, s’assure qu’il mangera bien ce midi, et s’hydrate régulièrement, nous sommes en juillet et le réchauffement climatique à Saint-Malo s’assume de plus en plus. Avant de sortir je capte un :

Mélissa – C’est pas la longueur qui compte, c’est l’intensité d’une vie.

*

Je retourne chez Madame Bovary, peu avant la fermeture, espérant poursuivre mon entretien. Mélissa s’est absentée. Je questionne Amandine, co-gérante, sur les propos de sa collègue, notamment le :

« Je ne m’épanouis pas auprès de l’espèce humaine !

et le :

Je ne pense pas apporter grand chose à l’espèce humaine. »

Amandine amusée – Ça ne me choque pas moi, je la connais bien ».

Mélissa rentre dans le salon s’assoit directement à ma table :

Mélissa – C’est bon, on peut reprendre si vous voulez !

Je rentre dans son jeu et relance.

David – Pourquoi le salon s’appelle Madame Bovary ?

Mélissa – Pourquoi pas ?

David – Parce que madame Bovary c’est vous. Vous partagez votre temps entre votre salon de thé et celui des autres, à écumer la concurrence, et à lire. Je me dis : « Madame Bovary, c’est vous. » Elle est devenue commerçante misanthrope. Misanthropie qu’elle soigne en chouchoutant ses clients, faisant son quota de relations sociales, les seules qu’elle puisse supporter ?

Mélissa – Oui, c’est vrai, c’est moi. Mais, moi je sais que je me raconte des histoires. Elle, elle se raconte des histoires et elle le sait pas, moi je sais.
Et, elle, elle cherche l’amour. Moi je fuis l’amour !
Moi tout ce j’espère c’est de pas tomber amoureuse de quelqu’un !
J’ai pas le temps.
Quand moi je vois des clients, là où je me projette, c’est quand un client est seul, avec un bouquin, ou en train d’écrire, un peu ce que vous faites vous, qui passe son temps à boire un verre, c’est mon idéal de vie.
C’est mon meilleur moment dans la vie. J’arrive je m’installe, je mets ma pile de livres, je prends des notes et puis je passe du temps.

Mystère du sourire mystérieux résolu.

– Ça me fait tellement envie quand je vois les autres.
Les gens qui viennent déjeuner seuls aussi j’adore ça.
Avant, je déjeunais avec Amandine maintenant, je déjeune seule, avec un bouquin.

David – Et vous aimez changer de quartier…

Mélissa – Je sors du quartier pour me créer une bulle. Madame Bovary elle se crée une bulle aussi mais à côté de la société, moi dedans. »

*

Dépôt de ce texte chez Madame Bovary.

Retour au salon de thé. Mélissa a lu le texte et noie mes espoirs d’auteur :

Mélissa – « Alors on se tutoie ?

David – Tu as aimé le texte ?

Mélissa dira cinq trucs – Déjà rajoute une phrase pour dire que t’inventes.
Non, je ne ferais pas 10% de remise aux clients sur présentation de ce texte.
J’ai bien aimé : « Saint-Coulomb = banlieue périphérique ».
Le reste c’est décousu.
Si moi je suis Bovary, toi, t’es pas Flaubert.

 

 

PS.
Février 2023
Je retourne chez Madame Bovary, montre l’illustration de Marianne Rulland. Mélissa est ravie, on voit nettement qu’elle préfère cette image à mon texte. J’en fait pas à Marianne, qui demande une augmentation. L’image a gagné.